
Michel LANGELIER, EMBA, M. Éd. | Conseiller stratégique au développement des partenariats
Avec l’élection du nouveau président américain, certaines industries, dont celle du bois d’œuvre, sont très nerveuses quant aux possibilités de maintenir leurs marges bénéficiaires. D'autres secteurs économiques, comme ceux de l’acier et de l’aluminium, serrent les dents à la pensée de cet élan du protectionnisme américain qui pourraient substantiellement ralentir la demande chez nos voisins du sud. Le secteur énergétique quant à lui, a traversé une pénible phase de constriction avec la surproduction des pays de l'OPEP, ce qui a eu pour conséquence de faire chuter considérablement les mises en chantier. Bref, dans un contexte où le Québec est tributaire d’une économie basée sur l’exportation de ses ressources et sur un secteur manufacturier qui peine à concurrencer d’autres nouveaux joueurs émergents sur le sol américain, l’avenir pourrait sembler obscur. En ce sens, certains indices de l’environnement macro-économique sembleraient donner raison aux plus pessimistes.
Or, lorsque nous regardons le contexte canadien, l’alignement des actions des différents paliers gouvernementaux (fédéral, provincial et municipal) laisse plutôt envisager une relance très durable.
En premier lieu, le secteur manufacturier au Québec se prépare à une « transformation » vers l’usine 4.0. avec l’équivalent d’aide du gouvernement provincial dépassant le 1,2 G$. Un rattrapage qui s’imposait et qui nécessitera beaucoup d’audace. Cette transformation passera immanquablement par un changement de culture : innover dans un contexte global.
Ajoutons que les deux nouvelles chaires de recherche, à l’Université McGill et à l’Université de Montréal, sont des signes précurseurs de notre « potentiel » de positionnement mondial.
L’Université McGill lance un programme ambitieux visant à approfondir notre compréhension du cerveau humain et à alléger le fardeau des maladies neurologiques et mentales grâce à une subvention de 84 M$ sur sept ans du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada. Considérant que le Québec est dans une phase de vieillissement démographique, ceci constituait un investissement stratégique dans notre système de santé.
Également, le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada a aussi octroyé une subvention de 93,6 M$ à l’Université de Montréal pour la création d’un nouveau centre d’expertise nommé IVADO, qui a pour ambition de propulser Montréal comme un leader mondial de l’exploitation des données massives (big data). Rien de surprenant, Google annonçait un mois plus tard son intention d’investir 4,5 M$ sur trois ans dans l'Institut des algorithmes d'apprentissage de Montréal (MILA).
L’intelligence artificielle (IA) est maintenant au cœur de la prochaine révolution technico-commerciale et nous nous devons de nous réjouir de ce momentum.
Baker & Mckenzie signalait dans une étude[i], en avril dernier, que la majorité des activités de l’industrie financière devrait être impactée profondément par l’IA ; ainsi, plus de la moitié des dirigeants interrogés s’attendent à ce que l’IA et le machine learning modifient, d’ici trois ans, « substantiellement » et « complètement » les activités financières suivantes :
- le trading (64 % des répondants) arrive en tête devant l’analyse financière et l’IT (60 % chacun),
- suivis de l’évaluation du risque (59 %),
- de l’octroi de crédit (57 %),
- et de la gestion de portefeuille (52 %).
Voilà donc notamment une excellente nouvelle pour la grappe financière du Québec. Sachant comment nos institutions financières canadiennes sont des joueurs globaux, nos avancées locales dans ce champ d’application auront certainement un rayonnement et des ramifications internationales dans toute l’industrie des Fintechs.
Bref, après la purge dans notre écosystème (ex : abolition de plusieurs organismes d’intermédiation et de certains CLD) par le gouvernement Couillard en 2014-2015, le Québec et le Canada mettent graduellement en place un terreau très fertile pour stimuler de manière pérenne notre économie du savoir. Que ce soit avec la nouvelle « feuille de route en économie numérique » ou encore les efforts du ministre Barette de financer le Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec (CRIUSMQ) pour appuyer la réalisation d'un projet d'infrastructure de recherche en santé mentale, le Québec jouit présentement d’une impulsion favorable. Plusieurs joueurs internationaux, tels que Amazon, Ericsson, Alstom et Siemens, ont annoncé dans les derniers mois leur intérêt à investir davantage dans l’économie québécoise.
Qui plus est, le gouvernement fédéral nous annonce déjà deux excellentes nouvelles, soit celle de la création d’une banque d’infrastructures pourvue d’un financement de 80 G$, ainsi que l’annonce sous peu d’une nouvelle agence fédérale qui aurait comme principale mission d’attirer des investissements étrangers.
En observant toute cette « mouvance positive » ainsi que la signature officielle d’entente de libre-échange, dont celle « Québec-Europe » et l’ouverture graduelle des marchés en Chine; le Québec, avec son écosystème de start-ups qui ne cesse de fleurir et d’être bien perçu à l’international, a de quoi s’enorgueillir. À ceci s’ajoutent nos CCTT (Centres de transfert et de technologie) qui facilitent le codéveloppement de nouvelles solutions technologiques pour nos entreprises ainsi qu’un nouvel engouement de nos jeunes à démarrer leur entreprise[ii]. Indéniablement, nous renforçons non seulement notre « chaîne de valeur », mais aussi, graduellement, notre positionnement mondial.
Le projet d’Observatoire se réjouit que l’innovation ait toujours la « cote » mais constate aussi que les entreprises ont de la difficulté à commercialiser. C’est pourquoi l’OSCI surveille avec intérêt cette effervescence économique, et tout spécifiquement comment l’écosystème québécois peut mieux accéder et concurrencer les marchés étrangers.
Nous lancerons dès janvier une série de projets « structurants » qui eux aussi dans cette foulée permettront de renforcir le positionnement commercial du Québec à l’international. Nous annoncerons aussi des partenariats internationaux qui sauront créer des ponts d’échanges technico-commerciaux.
Nous vous ferons part également de nos recherches indiquant les grandes tendances de l’innovation et des marchés porteurs dans des créneaux très ciblés.
Rarement dans ma carrière, ai-je vu un « alignement » favorable pour que notre économie se « distingue » des autres économies. Plusieurs villes et municipalités québécoises rêvent d’être des villes dites « intelligentes » et nos gouvernements vont déployer les efforts requis pour que les régions aient accès à internet haute vitesse qui est le prérequis pour transiger sur des plateformes numériques.
Nous nous devons dans un contexte aussi favorable de saisir les opportunités. Sous le nouveau gouvernement américain, celui-ci voudra restaurer l’équivalent de 1 T$[iii] en projets d’infrastructures. C’est à nous, dans un contexte de « protectionnisme », d’offrir des produits de transformation qui aideront à prolonger la vie utile des ponts, des routes, des aqueducs.
L’utilisation avancée de la géomatique et les drones pour l’amélioration des inspections en temps réels sont des exemples de technologies qui me permettent de comprendre comment nos industries peuvent saisir les opportunités de marchés, qui en plus de prolonger la vie utile, améliorent l’aspect sécuritaire des infrastructures civiles.
Et vous ? Dans votre boule de cristal…que voyez-vous ? Le Québec en 2017, saura-t-il se démarquer ?
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